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Full text of "Aux électeurs et députés du Tiers-État; instructions nouvelles, vraies & indispensables. "

l: 






i 



AUX 



ÉLECTEURS 

ET DÉPUTÉS 

DU TIERS-ÉTAT. 

JnJIruBions nouvelles , vraies y & in" 
dijpenfables. 

' I " I II 

Qttid quid id eft, timeo danaos & doua fercmcs. 




1789. 



^ 



ï 

AUX 

ELECTEURS 

ET DÉPUTÉS 
DU TIERS-ÉTAT. 

Jnjîmclions nouvelles , vraies , & in- 
difpenfables. 



M 



ESSIEURS, 



l 



Dans un moment où le patrîotifme & Té- 
uité doivent, tour à tour, di<^er les exprelîions 
es volontés générales & particulières , il ne 
faut plus rien diffimuler ; & â quoi , certes , 
aboutiroit l'impodure? à bouleverfer la Patrie, 
àrendre nos malheurs plus irréparables, à nou$ 
dérober l'efpoir d'une reftauration defirée , 
cfpoir confolateur qui nous encourage , nous 
antme d'un zèie par, généreux & vrai, 5c 
qui nous prépare à toutes les efpèces de facri- 
fices néceffaires pour réintégrer dans TEtat , la 
gloire Zi la profpérité. 

Mais ce zèle ne fera raifonnable , jufte , & 
vraiment utile , que lorfque tous les efprits 
& tous les cœurs n'auront formé qu'un même 
yœu , feront d'intelligence pour coopérer ea- 



femble lexpulfion > & T^nticr anéantifTement 
de tous les fléaux politiques qui sous accablent. 

Vous éprouvez tous, Mefîieurs , le défir 
franc & loyal de fauver TEtat, Se de donnera 
ce vaiffeau précieux un élément pacifique , fur 
lequel il ne devra plus craindre , à l'avenir, les 
écueils & les tempêtes, vous n'avez jamais dé- 
fefpéré du falut du Royaume, fous un Roi 
jufte 8c fen(ib!e, fous un Monarque homme 
de bien; puifque vous acceptez, avec recon- 
nolffance , les droits facrés, que fes mains bien- 
faifantes vous rellituent , droits chéris , mais 
long'tems oubliés, que la nature, la raifon , 
l'Ecre éternel même ont léguésà tous les hom- 
mes , vivant dans les liens fraternels de la fo- 
cîété, fous la protedion de la force publique, 
dont il leur appartient d'établir , de régler, ou 
de modifier la mobile influence. 

Cette néceffaire & reCpeâ.ah\cforcepuhli^ue 
demande, pour votre plus grande confervation 
& votre plus grande fureté, des Loix fages , qui 
la dirigent , des Loix que vous ayez expri- 
mées & confeiuies , 8c des fubfides, qui foudoient 
les troupes vigilantes , chargées de veiller fur 
vos perfonnes & vos propriétés, fans gêner 
votre indépendance ; tandis que , confians ôc 
tranquilles, vous travaillerez, de concert avec 
le Souverain & fous fes aufpices tuiélaires, à 
faire profpérer l'agriculture, les arts, l'induftrie 
& le commerce. 

ConnoifTez , MeŒeurs , toute Tétendue , 
toute la grandeur des fonaions auguftes, qui 
vous font deftinées, par l'extrême ménagement, 



'IWJS^^S. 



■m 



3 

par les précautîons multipliées, qu*îî vous im- 
porte d'employer dans le choix de vos repréfen- 
tans aux Etats- Généraux. 

Les (impies gouvernés , qui n'ont aucune 
influence (ur la chofe publique, me femblent 
devoir être les feuls qu'il faut élire. Les hommes 

publics, ( quils daignent le pardonner à la né- -^ 

cefTité ) font malheureufement à exclure ; 
parce qu'ils tiennent leur état , la fource de 
leurs gains, de Tadminiflration elle-même, entre 
les mains de laquelle , après avoir acheté des 
charges , ou obtenu des; places , ils ont prêté 
ferment : & comment ces hommes ne feroient- 
ils pas faciles ï corrompre , eux que les abus 
ont enrichis, eux qui pourroient apporter dans 
la difcufTion de vos grands intérêts, l'attention 
nalurcilement perfonnelle, de conferver leur 
bien être, & de femaintenirdans cette politique 

Iticrative, en rai(on des égards & de l'aifance, \ 

qu'ils doivent a leurs époufes & à leurs enfans, ^ | 

eux qui mêîeroient à l'efprit de Corps, la l* 

crainte de déplaire à leurs fupérieurs, & fur- j 

tout, l'habitude de ces foins obligeans, aux- / 

quels la politefTe invite, autant que la réci- ;/ 

procité entendue , des procédés pratiqués à ! 

propos , d'ordre à ordre, d'individu à individu ! .\ 

A Dieu ne plaife, Meffieurs , que je veuille 
répandre fur ces Citoyens , quelques nuages , à 
la faveur delquels la calomnie &: la malhon- 
nêteté puiffent altérer ou diminuer l'importance 
de leurs lumières Se l'éclat de leurs vertus. Je fais 
quelaPatrie leur eft aulîi chère qu'à nous; mais 
\e fais aufli qu'avec des intérêts oppofés mx 

/i ij 



4 

nôtres, îîs peuvent & doivent, dans Tordre 
focial , jouir de nos mêmes droits Se avantages, 
& que , il nous favons nous rendre heureux , 
ils partageront notre félicité. Ainiî, ils n'ont 
donc rien à craindre. 

J'oferaî même ajouter, qu'ils doivent nous 
conCeiller , nous foutenir par leur favoir, porter 
devant nos regards, le flambeau du talent, 
rédiger leurs idées patriotiques , guider nos pas 
incertains dans le dédale finueux qui va s'ouvrir ^ 
mais à titre de confultc & non pas à^déUhéranu 
L'intérêt perfonnel , qui perce involontaire- 
ment, & contre lequel la confcience la plus 
timorée ne fe défend qu avec foiblefTe , invite 
quelquefois à employer des moyens infidieux , 
les illufîons des fophifmes & des paradoxes. 
Avec de pareilles armes, on fafcine les cfprits, 
on leur empêche, fouvent, de pénétrer la vé» 
rite ; on leur rend agréables , les fyftèmes les 
plus abfurdes, propices aux confidérations par- 
ticulières; on parvient à lesdivifer au point de 
détruire tout moyen , qui devroit produire une 
défirable & faluiaire réunion. Eh! quelle ca- 
lamité , fi les plus grands avantages font attri- 
bués à ceux qui gouvernent, au préjudice des 
gouvernés. 

Le choix des Avocats , pour être Députés 
aux Etats-Généraux, me paroît le feul utile, le 
feul fufceptible de ce caraâère d'harmonie, fi 
întérefTant à vos délibérations, de cette impar- 
tialité fi nécefîàire dans la difcuflîon àes grands 
objets que vous aurez à traiter, de cette bonne- 
foi fi précieufe dans des motions nationales, & 



-^' 



àe cette implacable horreur pour le defpo- 
tîfme, pour tous les artifices de rariflocratic, 
éludant toujours vos vœux, vos démarches, 8c 
toujours prêts à traverfer vos moindres fucc es. 

Les Jurifconfultes ont l'heureufe habitude de 
fâifîr les queftions, fous leurs bons, comme 
fous leurs mauvais rapports. Dans l'élégance 
de leurs fyllogirmes, ils donnent, quand ils le 
veulent, èc avec adrefie, a chaque vrai prin- 
cipe, un réfultat juflenient convenable; & 
quand il eft faux , ils en démontrent le dange- 
reux attrait. Il fuit de leur développement 
lumineux , que la raifon & le jugement pou- 
*7ant voir le bien & le mal, mis en perfpeâive, 
fous le même cadre , faiftlTent l'un avec aflFu- 
rance , & fe dérobent, comme s'ils évitoient un 
précipice caché fous des rofes , aux appa- 
rences trompeufes de l'autre, à fes preftiges 
fédu6leurs. 

Les Avocats, libres comme l'air qulls refpî- 
rent, proclament cette époque glorieufe pour 
celle où ils devront faire briller leurs talens, 
& attefter à la Patrie étonnée , qu'un defpotifme 
inquifîtorial , auflî pulillanime que ceux qui 
ont ofé en flétrir le règne, les contraignoit à 
garder un profond filence, & que, dès qu'il a 
ceffé d'exifter , ils ont découvert un foyer d'inf- 
truftion impofant même aux regards attentifs 
de ces rivaux infulaircs, fiers de nous précéder 
d'un iîècle. 

Qu ils foient les feuls, tirés du Corps del'admi- 
niftration judiciaire ! qu'ils foient les feuls, ce^ 
amis de la liberté, qu'on reconnoiffe parmi vous; 
;qu'en marchant, fous la bannière ûxxFatrlotifmc 

A \\\ 



ce$ mortels généreux Tecondent vos efforts; que 
leur philofophievous guide & vous illumine, & 
puiffecetre clarté ne vous égarer jamais! 

Qu'ils roienrlesfeU'S» dis- e, aggrégésdans vos 
àfTemblées! ils font de votre Ordre» vosenfans, 
vos frères, vos amis, vos égaux; ils ne peuvent 
que vcns donner des conleils falutaires. En 
les appellant en petit nombre, il y aura plus de 
précifion , plus dé laconilme dans les tableaux qui 
vous feront offerts, enfin moins de mots, &plu$ 
de chofes dans l'enfemble & dans les détails. 

N'ayons pas une diâiion brillante; mais que 
nos idées foient pures. Que le (impie bon fens 
en produife de neuves, de vraies, de fenfibies, 
qui furprennent les plus beaux génies. Nous 
favons tous combien l'or eft difficile à gagner ; 
Se quand nous jouiffons d'un certain b en-être, 
il eft le prix légitime de nos fueurs Se de nos 
peines. Vous allez donc peindre, d'après votre 
expérience , fous les couleurs les plus frappantes 
& les plus vives , la mifère de vos nombreux 
Concitoyens, que vous voyez fouffrir; vous 
oferez montrer vos mains endurcies au travail, 
encore trempées des pleurs de l'indigence, que 
vous aurez foulagée. 

Il vous appartient exclufivement, Meffieurs, 
de porter aux pieds du Trône, au milieu de 
TAfTemblée nationale, les doléances, douces 
& touchantes, de la foule infortunée, dont les 
gémifTemens, équîtablement fondés, ontrcndu, 
depuis plufieurs fiécles, fourdes &infcnfib!es, 
les oreilles inattentives du miniftère. Elevez 
une voix forte , unanime & perfévérante. Par- 
lez le courageux langage de la raifon & de la 



'■^>-) 



7 
vétité, ta vertu confeille, rhumanité ordonne 
de faire le mieux pofTibie contre le vœu de noA 
compatriotes, ou mal voyans, ou féduits , ou 
întérefTés au maintien des abus; 6c ce mieux 
pojfiblc y s'il devient votre glorieux ouvrage: 
û la nouvelle conftitution qu on prépare , eft 
autant l'heureux réfultat de la raifoii ëc de la 
juftice , que celai dé l'afFeclion Se de la fenii- 
bilité, ce mieux pojfibhy dis-je, produira la 
prompte & peut-être difficile reilauration de 
votre agriculture, de vos fabriques, de votre 
induftrie &: de votre commerce. 

Celui de vos Concitoyens, qui, avec une 
probité prouvée, fera doué d'un fens droir, 
d'une franchife naturelle, d'une énergie per- 
févérante , d'une inclination à la bonté , au 
plaifîr fuprême d'obliger tout le genre humain , 
îans jaclance, fans amour propre, au défir de 
rendre heureux fes femblables, fi l'amour de 
la Patrie & de la juftice pénétre fon ame bicî> 
veuiiiante &: élevée , celui-là eft digne , feul 
digne de vous repréfenter aux Etats-Généraux, 
lien eft mille, parmi vous, qui ont les qualités, 
que je viens de vous citer. Ainfî , les fujets éH- 
gibles ne peuvent pas vous manquer. La gloire, 
que promet le bien à opérer, devra donner plus 
d'afbivité à leur zèle , à leur intelligence. 

Il faut craindre, il eft vrai, que vos repré- 
fentans aient bien des intrigues à dérauter , bien 
des cabales à combattre , bien des pièges à dé- 
couvrir , une dangereufe guerre de mots à ren- 
dre nulle, des veftiges féodaux à effacer, des 
préjugés, qui entraînent des privilèges, & qu« 

A iv 



rintérêt cbnferve, à diffiper; des formel go- 
thiques, orgueilleufes & barbares, à éluder, à 
détruire, formes encore toutes puifTantes, qui 
ont pris le faux nom de propriétés. Se à l'om- 
bre fu nèfle defquelles le defpotifme du minif- 
tère & l'ariilocratie infidieufe ofèrent trop 
long-tems fe retrancher avec art, & forger en 
lecret, les chaînes, éternellement pelantes, 
dont nous fommes encore accablés. 

Que vos repréfentans ne penfent pas qu'on 
veuille leur parler de bonne foi : on necefTera 
de les induire en erreur, que lorfqu ils auront 
furpris par-tout , rejette par-tout & dévoilé à 
tous les regards, le charme infînuant de la per- 
fidie, xie la fédudion, de rimpollure; charme 
encore trop impérieux, pour ne pas infpirer 
une continuelle défiance, feul refuge des êtres 
refpedueux & timides, contre deux hiérarchies; 
Tune, confacréc àfoulager & confolcr lefpèce 
humaine, à lui prêcher la concorde & la frater* 
nité, & l'autre réfervée à nous défendre, ou da 
moins à partager nos mêmes dangers , au mi- 
lieu des combats; la première douée d'une logi- 
que prefTante & lumineufe , adive , infatigable 
au fein du parti quelle excite, ayant eu Tare, 
jufques à cette époque , de divifcr, de rappro* 
cher , à volonté , les efprits incertains , de les 
effrayer au nom d'une religion (ainte qui recom- 
mande par~tout la charité & la tolérance, de 
faire perfécuter, haïr & perdre quiconque ne 
«*eft pas montré favorable à fes vues; èc la fé- 
conde prête , toujours prête , du moins autrefois, 
à tirer le glaive contre le Tiers-Ecat, devenu au- 



'. 



jourd*hui Tennemi de quelques Gentilshonimesi 
qui ne veulent pas voir que les propriétés féo- 
dales ou privilégiées préfentent des anticipa- 
tions gênantes 6c illégitimes fur les droits na- 
turels de l'humanité & de la liberté. 

Et fi la Conftitution féodale , dont les reftes, 
tombés en ruine, nous oppriment encore de 
toutes parts, étoit aujourd'hui à créer, quel 
génie fans pudeur , afTez barbare , affez per- 
vers oferoit la propofer ? Il eft , n'en doutons pas, 
des bouches qui ofent faire, dans les cercles, l'a- 
pologie de ce fyftême opprelTeur : «« Vous devez, 
» nous dit-on, refpeder les privilèges antiques 
» des deux premiers Ordres : vos ancêtres ont 
i» fupportc , avec docilité & patience , le même 
* joug, que nous voulons prolonger & appé- 
'' fantir fur vos têtes. Ils en ont à peine raur- 
" muré : vous navez pas plus de droit de vous 
» plaindre qu eux ». Voilà ce qu on ne cefîc 
pas de nous crier ; 8c qui nous tient ce langage f 
des hommes eftimables, fans-doute, mais néan- 
moins relatifs à la Nation , & qui , par confé- 
quent, ne font point la Nation; des hommes 
qui ont placé Hugues-Capet fur le tronc, &: 
qui nétoient point la Nation y réduite alors 
à rhumiliation de la (ervitude, bien plus par 
rignorance de fes forces & de fes droits, par 
la crainte du courroax célefte , que par le cou- 
rage de fes tyrans fubalternes. Aujourd'hui, 
nous qui (ommes la Nation ^ proclamons d« 
nouveau notre augufte Monarque j établifTor» 
entre lui & nous des coaditions facrée$,avan- 
tageufes, communes à fun & aux autres con- 
traâans, Unlifons nos forces, nos refTources 



/> 



>iiSà. 



lO 



i la puifîance: quen nous, qu'en fa fagefîê, 
réfident fa véritable grandeur , fa véritable prof- 
périté: que porté lur un pavois, au milieu de 
vingt-trois millions de Sujets fidèles ^ il entende 
dire que fes vertus l'onf, pour ainfi-dire , déifié, 
& qu'ils fe font un devoir, aufTi doux que gé- 
néreux, de lui obéir & de l'aimer: que tout 
trempé de nos larmes de joye & d'amour, il 
paffe de bras en bras, jufques fur le Trône, 
que nos mains intelligentes lui auront élevé. 

En effet, s'il arrivoic, un jour, que , fatigué 
dune tyrannie exceffive, variée, le Tiers-Etat 
jugeât à propos de quitter les terres fécondes 
qu'il cultive, les maifons qu'il a conftruites, 
ou les toits paternels, qui font vu naître, 
pour tranfporter ailleurs , fous un Gouverne- 
ment libre & hofpitalier, fes regrets, fes lar- 
mes, fes arts, fon activité laborieufe, que de - 
viendroient alors le Clergé & la NoblelTe ? 
Quelles feroient leurs reffources, leurs fonc- 
tions dans ce vafte Empire, fi nous, qui fommes 
les objets pour lefquels il font établis, fi nous 
abandonnions un fol foulé & flétri par l'ingra- 
titude & la cruauté des perfécuteurs ? Des 
caftes éparfes, ftupides dafïlidions, incertaines, 
peut-être nomades, répandues çà & là fur une 
furface immenfe de vingt-huit mille lieues 
quarrées, des malheureux immobiles d'étonne- 
ment, accablés de langueur, d'ennui, dans le 
iilence des déferts, & bien en peine de fournir 
à leur fubfiftance complette, parce qu'ils n'au- 
roient jamais eu ni la prompte dextérité, ni 
l'habitude du travail. 

Cependant, Melfieurs, ralliez aulour de vous 



%^ 



XI 



cette NoblefTe provinciale , qui , n'ayant jamaU 
refpiré Tair de la Cour, a répandu généreufe- 
menc fon fang pour la Patrie , 6c vit en paix 
auprès de vos afyles , dans l'intimité de vos 
égards, couverte de bieffures, en vous racon- 
tant, avec intérêt. Tes exploits, & les batailles 
glorieufes oîi elle s'eft trouvée. Nous admirons 
de braves guerriers, rendant juilice à nos pré- 
tentions, 8c déclarés , ainfi que nous, contre la 
tyrannie & l'injudice des priviiéges... Et quoi- 
que ceux-ci foient onéreux, que leurs pofTef- 
feurs fe tranquillifent, nous voulons feulement 
qu'on employé lor des fubfides à Texécutioa 
des bonnes Loix, & â brifer nos fers accablans. 
Oh! qu'ils foient bénis par le ciel & par les 
Contemporains, ces Gentilshommes Citoyens, 
qui s'uniiïentà la grande famille, qui font per,- 
fuadés qu'en tirant Tépée, ils l'ont fervie fous 
le règne d'un Roi voulant toujours le bien , 
mais malheureufement trompé 1 Si nous n'a- 
vons pas été reconnoiîTans â leur gré , envers 
eux; c'efl qu'on fait une diftribution injufte des 
tributs énornies que nous payons prefqu'uni- 
quement pour les récompenfer. Une conftî- 
tution douce & fage une fois établie, que ces 
braves Patriotes fe rangent autour de nous: 
placés à notre tête, qu'ils nous commandent 
au nom de la Patrie 8c de la juftice; & notre 
fang, s'il s'agit de défendre nos foyers; fera 
bientôt mêlé au leur. Nous les proclamons d'a- 
vance Dour nos frères; qu'ils reçoivent Thom- 
mage lincère de notre vénération 8c de notre 
cftime. Ils cous font plus précieux que nous- 



// 






d 



tt 

itiêmes, par l'efprît de paix , d'équité , d'huma- 
nité Se de patriotifme qui les anime, 

Réuniffez-vous , Me(îieurs f craignez les trou- 
bles, lesdivifîons comme vous redoutez les incen- 
dies dans vos demeures,ou la grêle fur vos moiflbns. 
En vous divifant , on penfera avoir le droit de vous 
dire que la Nation eft incapable de faire fes 
Loix; que ne pouvant rien conclure, nousfom- 
mes faits pour courber nos tctes humiliées fous 
l'influence minîftérîelle. Après les difTentions, 
on verra naître les dégoûts: bientôt le fouvenir 
des intérêts particuliers rappellera chaque 
repréfentant dans le fein de fa famille. Et qui 
fait (î, par découragement, on ne confentira pas 
des Loix déraftreufes ? Oui, MeiTieurs! quand 
la politique infidieufe eft convaincue que le 
glaive ou la divifion peut fuppléer à la juftice, 
aux droits de la nature & de la raifon , alors 
la force fe croit autorifée à la violence; alors, 
les tyrans âriftocrates fe montrent en habit de 
guerre, ils préfentent, au nom du Souverain, 
qu'ils ont pu féduire,un fyftême d'opprelîion, 
qu'il faut laifTer exécuter, ou repoulTer par des 
mouvemens de vigueur, toujours enfanglantés. 
Ces extrémités déplorables feront notre par* 
tage , a vous n'avez pas la courageufe perfévé- 
rance à vouloir le bien général, & non pas 
celui des lâches courtifans. 

Souhaitons que les Etats-Généraux une fois 
aflemblés , les trois Ordres n'en forment qu'un. 
Hommes & Citoyens , Grands , fimples No- 
bles, Prélats, Prêtres^ Roturiers, Agricul- 
teurs, Pâtres, Artifanf , toxu font égaux dans 



.1 h 

rétat de nature, état refpeftable où nous f 

allons être , à l'iaftaiU que nos Députés vont \ 

délibérer. Au pied du Trône , devant la Ma- 

jefté du Prince , nous ferons là comme en pré- ' 

fence de l'Etre éternel , non pour lui deman- 
der des grâces à genoux, mais pour lui dire 
que , fur la terre , il doit nous rendre heureux, 
autant qu'il lui «ft pollible , & que nous éprou- 
vons aifez de travaux, de foibleiïes & de ma* 
ladies, fans avoir à craindte, pour aflbuvîr 
rinfatiable avidité des flateurs, les vexations 
du pouvoir arbitraire , toujours infligées en 
fon nom , par des opprefTeurs , ou fecrets, ou 
publics, répandus en grand nombre autour 
de nos perfonnes & de nos afyles. 

Il faut que la liberté & les pcffelHons dii 
pauvre foient plus facrées, plus inviolable^ 
que celles du riche, & que le malheureux, 

qui foufFre un attentat ou dans fon individu , , 

ou dans ce qui lui appartient , foit plutôt 

fecouru par la loi , que le riche, qui , avec fon or, / 

s'aflure prefque toujours de plufîeurs amis ■ 

tutélaires , fouvent liés à fon fort par Tintérêc 
& la reconnoilTance. 

Il faut que le Peuple développe un grand 
caraâ:ère , fous l'empire des loix; qu'il fente 
que chaque Artifan , qui a des mœurs & de la 
probité, honore fon métier, quel qu'il puiiîe 
être , & que (î par-tout , on a le droit de foc^ 
cuper, en le payant, on n'a jamais celui de 
l'avilir , de le méprifer , & que dès qu'il exerce 
un travail utile , il devient un Citoyen pré- 
cieux..,. De réijergie du plus grand nombre. 



d« fa confiance en fes forces, de Porgueil de 
fa nouvelle manière d'être, du fentiment de 
fa dignité , naîtra quelquefois des défordres 
particuliers; mais s'il a de quoi fournir à fa 
fublîftance , à tous (es befoins , on ne verra 
ni larcins , ni baflefTes ; & ces tumultes rares 
feront, comme à Londres, des preuves de 
force, de fermeté 8c de courage. Un Peuple 
libre fut toujours jufte dans les convalfions 
de fa fureur : il ne fit jamais trembler que 
les tyrans. 

Encourage! vos Ouvriers , inftruifei-les mieux, 
portez dans leurs âmes découragées des idées 
confolantes, qui les raniment & les ennoblif- 
fent : dépouillez-vous de cette morgue dé- 
placée , qui vous fait croire qu*un Négociant 
eft, à regard d'un Artifan^ ce qu'un Gentil- 
homme , un Ennobli , un Echevin elt à vos 
yeux: ne cefTei pas de voir, dans cet homme 
eitimable, s'il a des mœurs, s'il eft mari & 
père, votre Compatriote, digne de votre eftime, 
&, peut-être , de vos rerpe6]:s ; votre égal, 
moins fortuné, 8c par cela même, plus inté- 
reffant. Quand vous aurez franchi toutes les 
diftances chimériques que la vanité a établies 
entre vos Magaîins S>C vos Fabriques , quand 
vous aurez accordé vos prétentions mutuelles , 
de l'unanimité de vos fufFrages jailliront, à 
flots, les rayons de cette raifon publique, qui 
autorifera légalement la libre exprelTion de 
tous les voeux. L'accord des opinions produira 
t efpnt public ^ toujours né de la confiance gé- 
nérale 8c de ce fentiment intime que les intc- 



rets particuliers peuvent être différens; mais f 

que dès que l'intérêt public commande, les Ci- '\ 

toyens font là , pour lui fervir d'égide & le 

défendre, pour former une mafTe effrayante de 

lears avis & de leurs actions, dirigée contre lc5 

entf eprifes de l'iniquité Sc de l'adminiftraîion, 

fans cefle prêts à troubler & à tromper. 

i.^ A préfent. Meilleurs, qu'allez -vous 
faire ? Si vous étiez des Anges tutélaires, l'Etre 
éternel voudroit fe communiquer à vous. Dans 

cet état augufte , la reconnoiiïance publique ^ 

oferoic vous honorer d'un culte (încere & mé- 
rité , & vous élever des Temples & des Autels^ 
mais vous êtes, & c'eft afTez, des hommes 

de bien , laborieux,' la plupart Philofophes ^ 

éclairés: enfin, vous allez expliquer les grands 
principes de liberté & de sûreté , retenus de- 
puis Hugues Capct jufqu'à l'époque préfente, 

par la crainte & le lilence , dans les replis de . 

ton s les cœursv 

Vingt- trois million! d'hommes vont crier : , / 

liberté & sûreté légaks. Il faudra donc fup- \ 

primer les Lettres de Cachet, les prifonSjles 
Geôliers , les Captureurs , les Satellites. Je 

vois une foule de Citoyens au pied de la Na- ^ 

tion, demandant juftice & vengeance contre 

les Agens abfurdes & cruels de cette înquiiî- î 

tion d'Etat, employée fi fouvent & fî outra* 

geufement par Louis XIV y 8c mife en plus j 

grande activité fous Louis XV ^ par les d*Ar^ \ 

gcnfon 8c les Sartine. Vous , Meflîeurs, & le i!- 

Monarque, vous fcntirez couler les larmes de ,1 

l'indignation, au récit des horreurs qu à éprou- /| 



i6 

vées une foule de vî(3:îmes innocentes & mal* 
heureufcs. Oh I que leurs douleurs , leurs 
plaintes"^ voas affligeront! Que vos coeurs, fer- 
rés, feront attendris! Ah ! fans doute , on réin- 
tégrera les honnêtes hommes, que les flétrif- 
fures de la Police auront pu atteindre. L'hon- 
neur , la gloire, l'humanité, à genoux, follici- 
tant en faveur des infortunés, dont l'ombre 
& répâiffeur des cachots ont dérobé à vos 
oreilles , à celles du Public , les fanglots amers , 
les profonds foupirs. 

Oui; les auto-dû-fé de Philippe 11^ étoient in- 
finiment moins barbares : c'étoit une foufFrance 
de deux heures ; mais après ce fupplice , on 
étoit dégagé de fa fragile cnvelopej on s'éle- 
voit triomphant au-deffus âçs monftres de la 
terre , & Ton bravoit leurs fureurs. En France , 
hélas! on ne vit , on ne végète que pour voir 
des fcélérats impunis, qui ofent vous narguer 
après vous avoir déshonoré p>ar l'opprobre 
d'une prifon afFreufe. 

Ne croyez pas qu'ils aient befoin d'une let- 
tre de cachet pour aiîiégcr un citoyen dans fon 
afyle, pour enfoncer la porte, pour l'enlever 
avec fcandale : l'ordre & la volonté d'un Magif- 
trat fuffifent: un Barigel effronté , un Tribun 
fans pudeur , tous les deux fâchant très-bien 
que leur miflîon eft un crime de leic-humanité , 
fe préfentent, avec un fang-froid barbare , en- 
vironnés d'une bande d'Algouafils & de fatel- 
lites du Guet ; on vous fait lire un ordre , (igné 
fans honte , par la main du Cadi : on vous 
entraîne, on vous précipite dans les fers. Ce 

traitement 



17 n 



traitement exécrable comme ceux qui en font ^ 

les Auteurs, n'ell autre chofe qu'unt ipécula- a 

tion lucrative, qui donne une certaine impor- ^ 

tance au miniflere tyrannique du Magidrat 

inexpérimenté, fait vivre les Efpions, enr chit V 

les Infpecieurs , les CommiiTaires. Ceux-ci, qui 
s'abreuvent avec plaiflr de iang & de larmes, 
n*ont pas manqué de faire une fortune rapide, 
fous les Cal. les Lam. & les Brien.... En vain 
avex-vous une délicatelfe connue , àes mœurs 
pures, une probité à toute épreuve; en vain 
êtes -vous contribuable exaél ; en vain fuez- 
voiis y travaillez-vous avec opiniâtreté; en vain 
avez-vous eu des malheurs. Tant de raifons 
n*empéchent point le commerce dts cnlévc- 

mens : on vous frappe fans vous dire pourquoi; [ 

on vous rend la liberté de même. Ah ! quelle 
indignité! Sous les Antonins ^ les Titus ^ les 
Marc-Aurele^ les Trajan^yzMoxt il des Lettres 

de cachet ? Vers le milieu du fiécle prochain , \ 

que ne diront pas nos defcendans ! Mais nos 

yeux feront fermés, tandis que ceux qui vivront '(/ 

alors voueront à Texécration les mechans au- 
teurs de nos troubles , nous faurons, nous, que 
le Juge célede , plein de clémence & de mi- 
féricorde envers nous , châtiera, par des peines 

éternelles, ces audacieux inexorables, en leur / 

donnant une faculté extrêmement fenfîble , I 

éprouvant fans cefTe les maux qu'ils auront fait 
fouifrir, fur la terre , à quelques-uns de leurs 
contemporains 

2 ° On vous inftruîra , fans-doute , àes motifs ^ 

d'iniquité , qui ont fuggéré au Miniftere la con- )| 

B 



/ , I.S ■ 

diiîte inattendue , du defpotifme , le plus atroce , 

le plus irraifonnable & le plus mal-adroit. Vous 

ferez , heureufement, obligés de réformer cette 

) l Police infâme , qui déshonore & flétrit , non 

feulement l'honneur Français , mais encore 
, I la gloire du Règne. 

■T Quoi ! des prifonniers illuftresgarderoientun 

* lâche , un coupable (ilencc! Quoi ! leur patrio- 

tifme , leur philantropie n invoqueroient pas la 

Juftice , prelque divine , de la Nation contre 

, ces longs & cruels emprifonnemcns , ordonnés 

j par des Miniftres arrogans, qui prenoient pour 

le feu du génie , leur orgueilleufe imbécillité. 

l j Je crois entendre les voix foudroyantes des 

I ) à* Epremefnil , des Montfabcr^ àesCatelan. Il eft 

j tems,il eft jufte, il eft même d'une nécefTaire 

■ pohtique , de punir des tyrans, que n'a pas aflez 

flétris l'humiliation de leurs difgraces, leurfyf- 

tême étant d'ailleurs l'oeuvre ténébreufe de la 

plus criminelle ineptie Oui , Meilleurs, on s'eft 

joué de l'honneur & de l'irréprochabilité des 

Citoyens. A-t~on craint leurs plumes & leurs 

langues , tout a été mis en Tair. On auroit 

abandonné un (uccefTeur de C^rro:/cAc , plutôt' 

' ) que de les îaifTer échapper. On les a donc 

I arrachés à leurs époufes , à leurs enfans , à leurs 

d intérêts, à la fociété; on les a enfermés avec 

;j éclat , tantôt dans les cachots fecrets de la 

' BaftïlU y ou des autres Châteaux , tantôt à 

\ rjiôtel de la Force , quelquefois dans les caba- 

r.ons de BicetrCy afyles des fcelérats de toutes 
efpeces , échappés, par grâce, aux douleurs 
ignominieufes àQ% fupplices. 



19 

Quelle honte! & qui doit avoir plu? de pudeur 
qu? If s hommes en place ? Cependant, Tun de 
ces honines pervers, qui, du fond d'une îfie 
rivale, penfe encore tîacer le Monarque, en 
confacrantà fes pieds Tapologie impure du def- 
potifme, ne craint pas de dire, l'iinpodeur! 
qu'il rend grâces au Ciel de n'avoir jamais em- 
ployé aucun de ces moyens de violence, qui, 
repouffantrégidedelaloijCalomnient&outragent 
des victimes , les mœurs , l'honneur , la probité 
& la nature. Il vient de publier un écrit. Quel 
vertige d'efFronrerie ! L'œil un peu exercé , ne 
peut voir, dans ce livre, que des affertions 
vagues , tracées avec hardieffe, fans preuve , 
fans ordre, fans autre autorité que l'opinion 
partiale ôc intérefTée de leur Auteur. Aux 
yeux des Savans , des efprits jufles , auprès des 
cœurs patriotiques , cette brochure ne pourra 
jamais être qu'un déreflable libelle , qu'un 
crime de leze-Nation. En livrant ce pamphlet à 
la cenfure & au mépris du Public, le Mîniltere 
aétueJ fembie avoir affez puni un amplifica- 
teur impudent Sc préfomptueux , qui (e pro- 
clame lui-même, comme un génie admirable, 
un grand Miniftre, qui, dans fon dépit , ne 
verra point de fon avis ceux de fes Conci- 
toyens purs, vrais & eftimables. 

LaifTons le Sejan réfugié, mourir de fa honte 
& de fes remords. —Louis XIV y qui fit périr, 
dans une cage de fer, le Gazettier (ÏUtrecht, & 
qui prolongea fon fupplice durant douze ans au 
moins , n'a pas couvert d'opprobre la mémoire 
de cet infortuné , quoique ce trait horrible foie 

Bij 



2,0 



«ne tache ineffaçable dans Thiffoire de ce royal 
defpote^ mais depuis que la jaloufîe politique 
s'eflapperçue que Tindruâion pouvoit être fu- 
nefte aux intrigues clandeflines du pouvoir ar- 
bitraire, à fes cabales, à fes complots, on a fou- 
doyé de lâches Zoïks y pour déprimer le mérite 
des gens de Lettres ; on a cherché , en un mot , 
(& cette noirceur a eu trop fouventles fuffrages 
de la mobilité nationale) à les avilir, d'une part, 
par la caloninie , & de l'autre, par les boues de 
la Police, tandis que les Miniftres eux-mêmes 
font hors d'état de remplir leurs places , fi la 
culture des Lettres n'a pas développé leur 
génie, s'ils n'ont pas reçu la même éducation 
que ceux qu'ils font perfécuter. 

3.<>Deux chofes importantes doivent fîgnaler 
vos premiers vœux. Supprimer les Lettres 
de-cachet, les Arrêts d'évocation & de fur- 
féance, & rendre à nos Pairs le droit de nou^ 
juger. Le rétabliffement de nos droits ne fup- 
pofe pas une grâce qu'on implore , mais une 
juftice éclatante , dont on nous feroit le légi- 
time hommage. Vous donner , me dit-on, 
le privilège des anciens Francs y c'eft altérer la 
plénitude de la puiffance monarchique! Vous 
vous trompez , & l'on trompe le Roi fur l'ac- 
ception du mot autorité y &C fur la nature de 
fon influence. Eft-ce une grande fatisfac- 
tion pour un Prince, que de fignerdes Lettres 
de cachet , ( fi toute fois il en figne ). Que 
hii importent vos larmes , verfées au nom 
de l'honneur, parens injuftes, qui faites ton- 
jours enfermer des malheureux , plus impru- 



I 



21 



densque coupables, que vous devriez confoler, 
Se non pas punir ! Mais la main Royale , en vous 

fauvant d'une prétendue infamie , commet une t 

injuftice révoltante; car fi celui qu'elle fait enfer- :^ 

mer eft auflî coupable que celui que l'on pend le \ 

lendemain , ô quelle cruauté ! Oui , toute par- 
tialité dans l'exercice des loix, ellun crime. 

Je me rappelle qu'on a ofé mettre , dans la 
bouche du Roi, ^n'il avoit cru devoir punir ^ & 
quil avoit puni , &c. Un Roi , punir ! Les bons 
Empereurs de Rome ne punirent jamais perfonne. 
Louis Xîl^ ScHenri IV laifTerent ce foin dou- 
loureux aux Mâgiilrats & aux loix. Ah ! Mef- 
fîeurs! ceux qui ont ainfi compromis la douceur, 
la bonté, l'indulgence naturelles du Souverain 
ne peuvent être que des méchans , que de mau- 
vais Français. Le derpotifme eft: un fléau mille 
fois plus odieux aux âmes généreufes êc fenfibles 
des Princes, qu'à nous-mêmes, qui en avons 
reçu les horribles coups. * 

Quiconque furprend des ordres abfolus, décer- 
nés contre des Sujets, outrage la majefté du 
Trône, le Sceptre n'étant pas une verge févif- 
fante , mais la marque augufte dans la main 
facrée qui le porte ; de la puilïance publique, 
qui ne tranfgrefTe les loix , que pour pardonner 
& répandre par-tout la protedion , la liberté 
& le bonheur,.... 

Et pourquoi ne redeviendrions-nous pas Fr^r/ci? 
Ne vaut-il pas mieux commander à deshommes . 
énergiques & libres , que de voir un Peuple nom- 
breux , tremblant devant des Infpecteurs de 
Police , qui le menacent fans celTe , au nom du 

E iij 



22 



k 



Roî? Tel eu cependant notre état; 6? fi l'au- 
torité change d'attitude à notre égard , il eft des 
Couriifans afTez lâches, pour perfiiader au 
Frîr.ce , qu'ayant fair un pas en arrière, il n'eft 
\ plus le maître ;$C il ne fera jamais plus le maî- 

tre, que lorlqn'il nous gouvernera par les loix 
& les mœurs Oh î qu'ils font periides , ces flateurs 
. pufiUanimes ! Ils parlent ainfi , parce qu'ils 

afpirentau Miniftere, &c comme ils s'y préfen- 
fent prefque toujours avec des projets funeftes , 
ils perpétuent la barbare habitude d'éloigner ou 
d'intercepter tout ce qui déplaît. Qu'a pro- 
duit cet ulage impoileur? Titus a été fur le 
point de voir moins vifs , moins emprefTés, 
ramour , rtfiime & la vénération de fes Sujets. 
/^.^ Comptez pour rien , Mefîieurs , Topinion 
jtarifîenne (i). On penfoit ainfi à Rome ^ fous 
lesderniers Empereurs. Les Citoyens, les Che- 
valiers , les Sénateurs de cette Ville fuperbe, 
/ avoient prêté leurs fortunes au fifc. On difoit 

que les trois parties du monde , devenues Pro- 
^ ^ vînces tributaires de l'Empire, on ne manqueroît 

jamais de gages , coniervateurs des emprunts, 
& que , pour en ocvrir de nouveaux , on avoir 
befoin feulement d'établir un nouveau fubfi- 
de. Les hymnes d'i/or^ce fur les lèvres, ik la 
tnoroik' d'Epicurc dans le cœur , on avoir tous 
les vices ârmaDles , les plaifîrs, la volupté, le 
luxe. La moUeffe recevoir un culte afîîdu , Von 
avoir , comme à Paris ^ des idées romanefques, 



(l) Des Rentiers & des Penûonnaircs, 



^3 
de fâuffes efpérances ; l'on imaginoir que 
l'Empire étoit auffi inépuifableàrœilfafcinéd'im 
fils diflîpateur , querimnienfe fortune d'ur. père 
foible & trop eoinp!aî(ant ; mais dans les Pro- 
vinces foumifes à l'aigle des Céjars , ^ foulées 
fans ménagement , on vo^^^oic s'accroître & de- 
venir chaque jOur plus onéreux, le coloflë de 
la Capitale. A mefure que celle - ci perdit Ïqs 
conquêtes , la confuiion , le défordre , îa 
mifere énervèrent {ts forces, £c vous favez 
trop ce qu'il arriva. L'unique & faiutaire rnoy^ea 
d'empêcher la chute de la France , confiile à 
tourner les regards paternels dune Adminif- 
tration fage , fur les encouragemens nécefîaires , 
àt'sk la portion a61:ive du Tiers-Ordre, & de fui- 
vre le vœu, l'impulfion à^s têtes provinciales, 
moins éuiondliiiées & mieux organifées que parmit 
nos très-aimables, mais feulement aimables? 
gens du monde. Ceflle feul remède contreTapo- 
plexie mortelle, qui menace la métropole de 
notre Patrie , par la défeéiion & l'épuifement 
de {qs^ Membres. 

Qu'efl-ceque la Nation? Ce font les indi- 
vidus laborieux: ce font ceux qui, avec des 
mœurs 5 pofîbdent les maifons, les terres, les 
récoltes , les fciences , les arts , findaflrie & le 
commerce: ce font, enfin, ceux qui p.iyenc 
les impôts, fans rien coûter à l'Etat. ConGdérez,, 
fous ce rapport,quela fociété gouvernée foudo^^e 
les mains qui la gouverne par des moyens op- 
preflTeurs , & qui ne devroîent agir conféquem- 
ment 8c équitablement que d'après des loïx 
fixes , & établies fuivant Grayina ^ & coiifen- 

Bi? 



^\ 



24 

tîes par la Nation. Si la raifon moderne 
genéralife cette opinion, qu'arrivera-t-il ? 

Les Miniilres éluderont l'affaire des Lettres 
de cachet , avec l'air d'en condamner Tu- 
fage ; ils prérendront toujours qu'elles fauvent 
l'honneur des familles , & que l'Etat en a 
beibin pour laï~même dans certains cas; mais 
quel que foii Teiîbrt des pervers , la noirceur ne 
pourra pas nous refufer, au nom de la judice 
Se de la nature, la liberté & la sûreté perfon- 
nelles. Si nous n'obtenions pas ces deux biens 
inellimables, auiîi inhérens en nous que les traits 
de notre phyfionomie, les Etats-Généraux, de- 
venus préffns funeftes , fe trouveroient en 
proie à notre haine & à notre malédiction; on 
ne verroit , dans les Membres qui les auroienc 
compofés , que des corrupteurs 8c des cor- 
rompus. 

Je fuppofe que nous fommes libres Se sûrs 
de nos perfonnes^ il faut, pour nous conferver 
dans cet heureux état, qu'une meilleure légif- 
lation nous encourage & nous protège ; il faut 
que ce travail célefte foit conforme à Tefprît 
public, aux mœurs ,aux manières, auxconnoif- 
iances , à la raifon du moment. Dès que le 
Français marchera libre, dès qu'il fera parvenu 
au point où il devra s'arrêter, ne craignez plus 
qu il compromette fa conquête , c*cfl-à-dire , fa 
liberté. Voyez de quoi eiï capable le Citoyen 
indépendant, loriqu'il occupe (ur la terre la 
place refpeàable que la nature indique à fa 
fierté. Les Etats-Unis , V Angleterre heureufe 8c 
tranquille, en font un exemple augufte Scfrap- 



«1 

pant. Pourquoi ces Anglais font-iîs fî fortunés ? 
Pourquoi (ont-ils (î attachés à leur Patrie ? C'eft 
qu'au Tribunal feul des loix , ils répondent de 
leurs mœurs & de leur conduite ,* c ell qu'en 
déclarant qu'ils font Citoyens, la loi, cette 
volonté fuprême fk révérée de la Nation, 
devient pour eux un égide impénétrable^, 
derrière lequel , s'ils ne l'ont pas offenfée , ils 
demeurent intangibles; c'eft qu'ils font per- 
fuadés que fi celui qui (îége fur le Trône , 
eft Roi , la Nation, qui en foutient Tcciat &:la 
majefté, eft Reine. Elevons donc nos âmes, 
par les faintes afFedions du patriotirme. Se re- 
prenons par la route de la vérité Sc de la 
nature , un eflbr rapide vers les grandes 
cho fes. 

Daignez recevoir, Meflîeurs, de la bouche 
de vos Concitoyens, les vaux de la juftice &: 
de labienveillance; murmure doux Retouchant; 
ils fe répandront dans vos cœurs & vos âmes , 
comme ces vapeurs bienfaifantes , qui réta- 
bliflTent dans nos organes , quelquefois troublés, 
la paix 8c l'équilibre. Qu'ils pénètrent tous vos 
pores ; qu'ils agitent toutes vos fibres. 

5.® Dans les tableaux variés , que l'hiftoire 
nous préfente , nous ne voyons point la Nation 
proclamer fes Rois : elle nous peint Hugues- 
Capet , placé fur le Trône de Charlemagnc , 
par le Clergé & la Noblefle , qui inftituerent 
alors le Gouvernement féodal , (cet inique 
\k, abfurie Gouvernement, dit JJ.Roi/ffeau)^ 
dans e:|uel Tefpece humaine eft dégradée & où 
le nom d'homme eft «n déshonneur. Que k 



2^ 

Tiers-Ordre confirme au moins le choix fait 
par les deux premières clafTes, en ratifiant des 
loix conftitutionneîles pajfTées entre lui & le 
Prince , au nom des générations préfentes & 
fjtures; que le véritable intérêt public prenne, 
entre le Trône & nous, une place jufte & con- 
venable. 

Toute loi, toute autorité légitime doivent être 
fondées fur ce principe, non moins profondé- 
ment gravé dans la confcience du bon que dans 
celle du méchant : Ne faites pas à autrui , ce 
que vous ne voudrie:^pas quon vous fit. Il fuit 
de cette fainte maxâne , que le falut du Peuple 
confiitue la fuprême loi , & que du bon plaiiîr 
àes Miniftres , naîfTent des crimes atroces. 

Demandez , Meflieurs , avec une courageufe 
fermeté , pour les marques préliminaires de fé~ 
licite publique: 

i.o Nulle guerre ofFenfive ne pourra être en- 
treprife fans le confentement des Etats-Géné- 
raux , qui , fur la nécefîîté prouvée de faire des 
préparatifs d'agrefîion, confentiront les fnb- 
jfides dont on aura befoin , pour en payer les 
dépenfes. 

i.o Les traités de paix devront être ratifiés 
par la Nation , afTemblée en la perfonne de fes 
Repréfentans. 

^ 3 .o Les traités de commerce & de naviga- 
tion ne pourront valoir que lorfqu*ils auront 
été homologués provifoirement par la commif- 
fion intermédiaire , & confirmés dans l'AlFem- 
blée nationale la plus prochaine. — Règle géné- 
rale. Une Nation qui n'a bcfoia de perfonne , 



^7 

ne fe lie jamaïs avec les autres par des traités; 
elle ne (ait dépendre que de Tes bonnes loix. 

4.0 Un édit de navigation portera , en fubf- 
tance, que nuls autres Navires que les Bâtimens 
Français nepourront exporter dans les ports des 
Etats étrangers , aucune des marchandifes pro- 
duite» ou manufaélurées en France, Liberté 
aux Navires des autres Nations d'enrichir nos 
ports de leurs denrées , qu'elles nous auront 
apportées. On fait que la Grande Bretagne doit 
fa granie profpérité à Ton bill de navigation. 

5.* Permis au commerce d'établir, s*il le juge 
à propos, une marine guerrière, rivale de la 
marine du Roi; un pareil établifTement pouvant 
être la pépinière Aes meilleurs marins , & 
piquer d'émulaiion les Officiers de la marine de 
Brejiy de Toulon^ de Rochefort, 

6.0 Supprellîon de tous les privilèges exclufifs, 
a6i:uellement fubfiltans , foit que TAdminif- 
tracion fe les foit attribués, foit qu'elle ait cru 
en faire jouir des Sujets favorifés ; fuppreffion 
d'autant plus jufte , que tout privilège eft une 
anticipation fur la propriété générale. 

7.0 Réforme de toutes les Jurandes & Com- 
munautés. Exiger feulement que tous les ap- 
prentiffages durent fept années , & foient faite 
gratuitement chez les Maîtres de chaque métier, 
fans qu'il en coûte une obole aux apprentifs , Se 
à leur pères & mères; un métier pouvant s'ap- 
prendre en moins de trois années , & les 
quatre fuivantes devant dédommager lefdits 
Maîtres de la patience & du tems qu'ils auront 
mis à former des ouvriers, lefquels feront nounii 



28 

Se couchés durant les fept années de leur ap- 
prentilTage : après quoi , les ouvrier s , avec 
leurs certificats , deviendront Membres des 
Communautés , & feront libres de s'établir 
par-tout où bon leur femblera, dans l'étendue 
du Royaume; le Public étant afluré que ceux 
qui exerceront telles ou telles profeflîons , mé- 
ritent fa confiance , & qu'ils auront Tadrefle , 
les connoiffances & l'habileté néceffaires pour 
ne le tromper qu'à fon efcient, & qu'autant 
qu*ils feront malhonnêtes. Cette facilité , 
d'ailleurs, encouragera la population par la 
certitude où les Citoyens mariés feront de 
placer leurs enfans fans rien dépenfer. 

8.0 Ecoles publiques, où l'on enfeignera à 
lire , à écrire, tous les calculs, Tortographe , 
V Anglais^ Y Italien y V Allemand. Acoié de ces 
écoles, feront des atteliers où la Jeunefle 
devra fe rendre pour voir travailler aux arts 
xnéchaniques. Là, elle pourra prendre goût aux 

Î)rofeiîîons, pour lefquelles la nature lemblera 
avoir deftinée. Les inftituteurs feront des Ci- 
toyens mariés, afin que la vie de ceux-ci ferve 
de modèle à ces jeunes élevés , qui , devant être 
Citoyens un jour , fauront quelle conduite il 
faut tenir, quelle morale il faut fuivre, pour 
avoir les vertus & la paix déiicieufe de bon 
père , de bon mari, d'honnête homme & de 
Citoyen utile, non moins attaché à la Patrie , 
qu'aux obligations particulières impofées à 
tout individu jufte Se fenfîble , qui a une famille 
à rendre heureufe. Se des intérêts privés à mul- 
tiplier Se à défendre. Il faudroit auiii faire 






«*, -— -?. •- ,^ — ^, 



^9 ' 
enforte de diminuer, mais fans violence, le 

nombre des Marchands détailîiftes , pour aug- 
menter celui des ouvriers, 

^.o Confeil de commerce établi à Paris y 
préfidé par le Roi lui-même , & éclairé par la 
Nation. Colbcrt en avoit inftitué un , qui en- 
richit la France , devenue induftrieufe & com- 
merçante par la fagefTe de Tes déciiîons; mais 
les Membres en leroient changés à chaque 
tenue d'Etats-Généraux , pour interdire à ce 
Confeil les approches & les atteintes de la cor-, 
luption. 

io.° Grande réduftion fur les droits d'entrées, 
dont font grevés les vins communs Zc lescomef- 
tlbles de première néceiîité. Diminution de 
moitié au moins de l'impôt mis fur les bêtes à 
cornes, deflinées à la confommationde laVille, 
afin que les ouvriers qui gagnent peu, puifTent 
mieux fe nourrir : le Peuple, avec ces douceurs, 
jouira davantage , & le fifc recevra autant. 

ii»° Les Citoyens s'affembieront, chaque 
année, pour nommer leurs Municipaux; ils 
proclameront ceux qu'ils auront élus, confor- 
mément à l'Ordonnance de Moulins, Le Roi 
recevra feulement les noms des nouveaux 
Magiftrats , comme une marque refpeélueufe 
d'obéifTance & d'égard j mais l'autorité ne 
pourra plus infirmer les choix , & cela , par 
une raifon d'autant plus jufte , que cette éle6lion 
eft étrangère, même indifférente à l'influence 
du Trône , & que l'intérêt aulique qui s'en 
mêle , ou qui s'y oppofe , fe fonde prefque tou- 
jours fur les amenées de quelques intrigues fou- 



H^ 



50 

terraînes. Sapprimcr la nobleflfe attachée aux 
places municipales , comme deftruétive des 
Fabriques & des Maifons de commerce, & 
comme fulceptïble d'augmenter le nombre des 
familles oifives. 

12.® DéfenÇezMX Français de rien employer, 
foit pour le luxe de leurs habillemens, foit pour 
celui de leurs mobiliers , de ne rien employer , 
dis-je, qui vienne des Manufactures étrangères, 
le Gouvernement ne répondAUt point des 
infultes que le Peuple pourroit leur faire , en 
s*appercevanc qu'ils ont préféré les objets 
fabriqués chex nos voifîns, aux objets manu- 
facturés parmi nous. 

13.® Le Roi fera fuppliéde ne foufFrir autour 
de fa perfonne aucun Courtifan, qui auroit, dans 
fon coftume, quelque chofe de fabriqué ail- 
leurs qu'en France ; &: cependant , il fera per- 
mis à nos ouvriers d'imiter les jolies nouveau- 
tés que les étrangers auront produites. Ce 
nouvel ufage , foigneufement obfervé, nous 
confervera un numéraire immenfe ; nous , 
Français y pouvant mettre à contribution les 
autres Peuples, fans qu'ils puiflent rien nous 
fournir, que notre fol ou notre induftrie ne 
nous ait procuré : & pour conferver nos capi- 
taux, il faudroit encourager le commerce d'é- 
change , le feul commerce véritablement 
favorable aux intérêts publics &c parti- 
culiers. 

14.' Affranchir de tous droits les marchan- 
difes indigènes, dcftinées à l'exportation par 
mer 8c par terre. Cette méthode , fagemcnt po- 



^ 



litique, a rendu les Anglais quelquefois nos 
rivaux, mais aujourd'hui, nos Maîtres en ma- 
tières ÎRduftrielles & commerciales. 

15.0 Suppreffion des MaréchaufTées, dans 
toute l'étendue du Royaume, Se du Guet des 
Villes, qui devront être mifes fur le pied de 
celle de Lyon , devant fe garder elles -mêmes, & 
diminuer cette dépcnfe exorbitante, qui femble 
nuire â la sûreté , & empêcher les Citoyensd ar- 
rêter le malfaiteurs. A Lyon , où les Bourgeois 
fc gardent eux-mêmes , il y a peut-être moins 
de crimes , proportion gardée , qu'à Paris , où 
les patrouilles fe fuccedent les unes aux autres, 
dans les quartiers les plus fréquentés, tandis 
qu elles oublient les rues folitaires, Se où il efl 
plus que probable que l'efpionage difpendieux 
Se intérelTé, fait trembler les Citoyens, fans 
beaucoup aflurerleur perronne,6c où l'honnête 
homme rougiroit d'arrêter un voleur, parce 
qu'il craindroit d'être pris pour un Satellite 
fecret. Sous Fhilippe-Augujîe, les Bourgeois, 
diftribués en bandes guerrières , devinrent, 
fous des Chefs habiles des corps réguliers. Le 
Tiers-Etat foriit de l'oppreflion féodale, à la 
faveur des Municipalités. Il imprima le refpe6t 
fie la crainte aux ariftocrates, à qui les Rois, 
lous les aufpices de la Nation , n'ont pas dit , 
depuis , par la crainte d'un coupable abandon , 
au moment d'une bataille , telle que celle de 
Bovine, en dépofant leurs couronnes : Si quel^ 
qu*iLnfe croit plus digne de Importer que moi 
quil ofe la mettre fur fa tête ». L'ufage àes 
patrouilles Bourgeoifes pourroit également être 



3^ 
érablf dans les Bourgs & autres ParoîfTes Jes 
campagnes, ou les Cavaliers de MaréchaufTée 
fervent bien plus fouvent le defpotifme inté-^ 
refTé des CommilTaires départis ou des Subdélé- 
gués, & les vexations des Publicains , que la 
Société demandant leur aflîftance contre des 
perturbateurs violens. Louis XIV inflitua Tes 
Gendarmes , beaucoup moins pour la fureté 
publique qui en fut le prétexte, que pour fouler 
fes Peuples \ fon gré , & les contraindre à rece- 
voir des chaînes, plus ou moins douces & pe- 
fantcs, fuivant le caprice de fes Aliniftres. 

i6." Tous les Régimens qui porteront les 
noms des Provinces, devront y refier, & n'ê- 
tre compofés que de vSoldats nés , élevés & 
connus dans les Villes, Bourgs & Villages cou- 
vrant & embelliffant le Pays. Deux grands 
biens réfulteront de cette nouvelle inflitution. 
i.oDes fommes immenfesrefteront dans chaque 
Province; 2.0 l'armée recevra un efprit d*ému- 
lation , un courage d'autant plqs grands, que 
chaque légion fe piquera de mieux faire un 
jour de combat, pour apporter plus de lauriers 
dans fa Patrie, & mériter, des mains de la 
gloire , un plus grand nombre de couronnes. 
Supérieurs , Officiers , Soldats , tous devront 
avoir reçu le jour dans la Province , & y avoir 
été élevés , afin qu ils foienr plus jufles & plus 
humains énrr'eux , en fe connoifTant mieux les 
uns & les autres. Ces Régimens feront, en teirps 
de paix, Is fervice public. Et prefque tous les 
Soldats continueront d'aimer leur Patrie & de 
veiller fur le patrimoine, fur le toit paternel , 
' dont 



^ 



à 



fh 



1Î 

dont ils doivent avoir foin. Il faudra, fans doute, 
anéantir l'Ordonnance Militaire , qu'on diroic 
avoir été rédigée dans un comité d'Ancropo- 
phages. 

17.0 Supprimer les prifons d'Etat, les maifons 
de force , où Ton infulte à l'humanité , & où 
Ton fait éprouver à des hommes vivans des pei- 
nes infernales , prefque toujours au nom du Roi, fl 
qui ignore tant de cruautés, Se à qui l'on na 
pas voulu laiffer voir que ces afyles , creufés par 
la main de la barbarie , renferment des milliers 
de malheureux innocens, enfevelis, fans qu'on 
puifTe voir leurs larmes, ni entendre leurs fou- 
pirs ; tandis que les œconomes , les Lhuillier ou 
les Trlflan^ des vifirsou des ariilocrates, jouif- 
fcnt de toutes les aifances, de tous les plaifirs, aux 
dépens de leurs déplorables pen(ionnaires,& que 
ces horribles demeures ne font confervées que 
parce qu'elles donnent des places à des proté- 
gés atroces , & qui fait ! peut-être de grands 
gains aux protecteurs pufillânimes >», 

iS.o Tous les malfaiteurs, qui n'auront pas 
mérité, fuivant la loi, de perdre la vie, feront 
tranfportés, comme ilsle font en Angleterre, & 
deftinés à peupler \e$ champs d'une Colonie , 
que la Nation Aiïemblée faura indiquer, pour 
l'honneur de la Philofophie & de l'humanité ** 

i^.oNous fouhaitons que l'on fupprîme , au-r 
tant qu'il fera poffible , les diverfes Coutumes , 
leftes malheureux du fyflême féodal , & qu'on 
corrige, prefqu'en entier, le protocole des No- 
taires , pour rendre leurs aaes , plus fûrs & 

ç 



34 

moins fiifceptibles d'interprétations équivoques, 
fî favorables à la chicane. 

20.0 Les comptes des Hôtels-Dieu feront ren-" 
dus publics, tous les ans, pour forcer ceux qui' 
rcgiifent ces luaifons à l'adoption d'un régime 
fupportable. A cCné du produit de leurs revenus , 
on placera dans les cahiers imprimés , les détails 
des dépenfes &: des œconomies, foumifes aux 
rigueurs de la cenfure publique; mais il faudroit 
rendre tous les hommes fi heureux, qu'ils n'euf- 
fent pas befoin d'Hôpitaux. PuifTe l'Afîemblée 
nationale réalifer cette penfée, quoiqu'elle foït 
le vœu d'un derpotebienfaifant,le grand ^ScA^- 
Abas , Sophi dt Ptrft ! 

Le Pré(ident du Harlay demandoit à un 
nouvel Adminiilrateur de l'Hôtel - Dieu de 
Paris , s'il avoît un équipage : Non Monfei- 
gneur! Eh bien^ répondit le Magiftrat , vous 
en aiire^ bientôt un. Cette ironie prouve que 
l'homme en place connoifToit les coupables 
abus, pratiqués dans la maifon des pauvres 
malades, & qu'il auroit dû y porter remède, 
r au lieu d'en plaifamer. 

21.® Les Jiirifdiclions confulaires, où fe ju- 
gent les difficultés commerciales, manderont 
feulement les débiteurs, en préfence des créan- 
ciers , pour leur préfenter les titres , qu'ils 
auront foufcrits, & fur leur reconnoidance , 
elles les condamneront à payer; les débiteurs, 
néanmoins mis fous la prote(9:ion de la Loi 
dhabeas corpus , adoptée en France. Cette ad- 
miniftration judiciaire fe fera promptcment 8c 
fans frais. 



3Î 

22.° Abolition des charges vénales: qtie la 
probité , ledifcernement, les connoifTancet, les 
vertus les plus auftères y appellent les Sujets, 
dont ces places récompenferont le mérite. Il 
Pnc faudroit pas qu'on accordât les férieufes qc- 
'cupations de la judicature au talent narurerde 
la mémoire , à l'organe fonore , qui fait le 
mieux répéter ce que les yeux ont lu; mais aii 
bon fens, à la raifon , amie de l'équité, au ju- 
gement droit & fain, aux efprits froids & 
réfléchis, aux âmes pures Se vertueufes, aux 
cœurs généreux, partagés par l'amour de leur 
devoir, entre le patriorifme & le plaifir de 
faire le bien, aux génies nets & faciles, qui, 
fuyant le bruit, aiment cependant l'honneur 
d'une réputation irréprochable, & que dirige 
une confcience fenfible, délicate & timorée. v 

23.* La légiflation criminelle, iifitée dans 
la Grande Bretagne ^ doit être rétablie parmi 
nous. En la réintégrant dans notre adminiftra- 
tion, nous ne ferons que reconquérir ce qui 
nous fût autrefois une Loi facrée & falutaire. 
La Noblefle Françaifc a ce privilège, fur-tout 
les Grands: pourquoi le Tiers-Êtat ne Tauroit- 
ilpas? 

24.0 Tout Citoyen , qui ne fera pas marié , 
ou qui n'aura pas un état, fera fenfé Mineur, 
même à Tàge de 50 ans, le célibat étant d'au- 
tant plus condamnable, qu'au défaut des pères 
& mères, la Patrie prendra foin de donner un 
état aux enfans. 

Si les Garçons étoient plus portés au ma- 
riage, il y auroit beaicoup moins de Courâ- 

Cij 



36 

-ùineSy viSimei de cjuelqqes féduâi^urs. Adrlert 
difoit de ces infortunées, que laiBour quelles 
infpirent, eft repréfenté nud: quia nudos di- 
mittunt. Il pouvoir avok raifon; mais fi ces 
-feinmes font lî rufëes, fi intérefiecs, n*ell-ce 
pas parce qu'elles fe îr.ettent en garde contre 
lesfurprifes & les tromperies? parc^ qu'on leur 
fait payer la moitié plus cher qu'aux antres, 
tout ce qu elles louent ou achètent ? Elles 
ont été, cependant, vertneufes ; ce font des 
amans perfides qui les ont conduites dans le 
travers. J'ai remarqué qu'une nialheureufe fé- 
duïte , arrive de la Province a Paris ; elle eft en- 
ceinte; elle croit que fes parens voudront bien 
la foulager : en Ton abfence , les têtes fcrmen- 
tcnt dans fa famille, qui Tabandonne tout-à- 
coup ; qui lui écrit àts injures, qui lui prodigue 
\^s épirhères les moins décentes , & qui lui dé- 
fend de paroitre dans la Patrie. Il n'y a pas juf- 
qwes à (on amant , qui ne la méprife , & qtâi 
prefque toujours en époufe une autre, tandis 
que fa maîrrefie met au monde une innoceme 
créature , envovée & perdue aiiffitdt après fa 
r.aifiànce, dans riiôpital des Enfans-Trouvés. 
Ceue douloureufe fituation, le défefpoir que 
lui infpire l'abandon de fon amant, le défaut 
de refîburce , la certitude où elle cil de ne 
plus vivre que deshonorée , & de ne jamais 
trouver à fe marier; tout la porte, dans foir 
découragement, ôcla détermine à la débauche: 
mais prenez à part chacune de ces victimes, 
ayez l'air de les plaindre; elles feront les pre- 
mières à vous peindre U tableau touchant de 



37 
leur déplorable état: elles vous témoigneront 
leurs regrets ^ le plaifîr qu elles auroicnc 
de vivre Citoyennes irréprochables & fidelles 
époufes. Eh bien 1 que fait-on ? Un département 
perfide leur déclare la guerre ; un Infpe^^ettç, 
àes Mouchards fpéculent fur le commerce de 
ces créatures égarées ; on les met à contriba- 
tion; on les fait enlever; on les plonge dans les 
falles de la Salpetrihc. Elles y entrent liber- 
tines , elles en fortent toutes difpofées à com- 
mettre àes crimes: alors, quand elles devien- 
nent criminelles , on perfuade au Public qu*on 
doit fe montrer inexorable à leur égard. Avant 
de les avilir, 8c de leur ôter toute efpècede pu- 
deur, ne feroic-il pas humain de lavoir à qui 
elles appartiennent, de contraindre leurs pa- 
rens à les reprendre , afin qu ils fâchent mieux 
les garder , &. de les réintégrer dans la fociéré ^ 
où elles peuvent fe corriger & devenir utiles. 
On excuferoit alors la rigueur fcandaleufe, 
qu'on employeroit à perfécuter celles qui per- 
fifteroient dans leurs défordres. Ah! foyoni 
toujours humain î que Thumanité tempère nos 
aétesde juftice: (oyons ju/les y {enlcmcntiujïes, 
Se non pâs/évcres. Prenons-y garde : il eft des 
nfages, que la barbarie a diÔtés; il faut les 
abroger & demander grâce à la raifon & à la 
providence de les avoir fi long-temps confacrés 
ï flétrir le genre humain. 

2$.° Le Monarque compofera fon confeii 
i*une partie des Citoyens magnanimes & géné- 
reux , qui fe feront diftingués dans les précé- 
dens Etats-Géuéraux ^ ce confeii ne fe tiendra 

C iij 



^9 

xjùé le matin , depuis neuf heures jufques à une 
heure; les efprits étant plusrepofés, les idées 
plus faînes & le jugement en meilleur équilibre-. 
Sous les Valoisy cet ufage , plus falntaire qu'on 
ue^enCcy étoit en vigueur. Le Roi leuj en- 
tendra dire la vérité, il les verra lui indiquer 
nos maux avec cette précifion, cette franchife 
déiîntérefTees, que n'ont pas desMiniftres cour- 
tifans. d'ailK'urs, CCS Conseillers craindront la 
perfpicaciié levere de leurs Concitoyens, qui 
viendront de trois- ans en trois ans, ou bien au 
bout du lullre , examiner la conduite defdits 
Secrétaires d'Etat, qui enteront refponfables. 

Prince, rafTurez-vouS : ce n'eft pas votre 
autorité qu'on ofFenfe , & à laquelle , fans 
doute, on ne manquera pas de vous dire qu'on 
voudra déroger , tandis qu'on veut vous en 
faire jouir lans partage , & que vous n'aurez 
jamais été plus puilfant ; tandis qu'on veut, en 
vous conlHtuant vrai Monarque , vous délivrer 
tie cette foule à' Ariflocratts ^ qui, malheureu- 
femenr, voulant être intermédiaires entre vous 
& vos iujets , vous flattent toujours d'une main 
pour nous opprimer de l'autre , en aipirant à 
-plus de grâces. 

2.6.° Four élaguer les vaines formalités de 
la Bureaucratie , on retranchera ces pfaces 
lucratives, où des defœuvrés ineptes fe don- 
nent les airs d'une gravité miniitérieiLe. On 
entendra fans-douce, (il faut néanmoins par- 
donner cet ade de rigueur à la néceUité ) les 
hurleniens de cette foule pluniitive , qui 
«réïeiîd être préçieufe au fervice de l'Etat ^ 






3^ 

qui , parce qu'elle touche de gros honoraires, 
exprimés de nos fueurs, imagine avoir de rares 
facultés, & qui , donnant une impuKion iné- 
gale Se oblique aux affaires nationales , inf- 
pire la défiance , par des aéles fréquens d'ini- 
quité , & fait naître l'ironie avec le mépris , 
la haine avec l'indignation 3 mais il faut ren- 
voyer les anciens , par la feule raifon qu ef- 
claves des préjugés , & fur-tout des Grands , 
dont ils font les créatures, ils peuvent être, 
& font en effet , corrompus, ou qu'ils ont des 
habitudes entièrement contraires & inévita- 
blement préjudiciables au nouveau régime à 
établir. 

27.° Suppreffion du Concordat de Léon X Zc 
de François P'', comme contraires à Tefpriî du 
Catholicifmc : retabliffement de la Pragmati- 
que-rfandion , parce que ce privilège efl une 
propriété des Français, qui ont le droit invio' 
lable de choifir les Evêques &: les Curés , 
chargés d'enfeigner les mœurs, la piété & la 
vertu , & qui ne doivent nommer à ces em- 
plois facrés , que des hommes probes, éclairés, 
édifians , & dignes de notre confiance , de 
notre ellime & de nos refpe&. 

a^^^Suppreffionde to'js les Chapitres nobles 
&C Roturiers, tant d'hommes que de femmes; 
de tous les Abbayes, Monafteres & Couvens 
de l'un 8c de l'autre {Q\ts, Nous n'avons pas 
befoin de Chanoines , ChanoineiTes, Moines 
&: Reiigieufesj il ne faut à la France que de^ 
êtres actifs & laborieux j des hommes 6c des 
femmes qui fe marient, & qui multiplient, 
fuivant le vœu de la nature (k de la raiiou. 



i 



40 

gkterre , fous Henri VII ^ pourra auîorîfer la 
vente des biens cGcléfîalliques à faire aux Cul- 
tivateurs & aux Manuraduriers. 
- 2.9.0 Anéantir dix-fept Archevêchés & 
foîxanrc-Quatre Evêchés, pour n'en laifTer fub- 
lifter qu'un feul , à Paris, <5c les trente-cinq 
autres , pour chacune des trente-cinq Provinces , 
qui, outre II fie de France^ compofent ce 
Royaume. Les Etats-Généraux décideront poli- 
tiquement s'il convient d'accorder à TArchevê- 
cjue le titre de Patriarche. Le produit àts biens 
de l'Eglife , transformés en propriétés rotu- 
rières , étant celui àts Pauvres , pourquoi ne 
deviendroit-il pas celui de la Nation difetteufe? 
ce n'cft pas pour la première fois qu'on procé- 
deroit à ce dépouillement. Si celui qu'on pro- 
pofc avoit lieu , ce feroit le quatrième. Or> 
n'oubliera pas d'améliorer le fort des Curés^ 
de cts hommes chéris, qui, lorsqu'ils joignent 
la raifon à la vertu, font, pour les mœurs, 
des Anges tutélaîres. 

30.0 On opinera par tête; le Clergé, comme 
rOrdre des Lévites; la Noblelîe, comme l'Ordre 
à^s Gentilshommes; & le Tiers-Etat confé- 
rera avec le Monarque, comme la Nation. 
Nous ferons femblables à ces grands fleuves, 
qui coulent entre des digues fortement conf- 
truites, & qui, vainqueurs de ces obflacles^ 
entraînent dans des débordemens rapides &c 
fainraires , tout ce qui. nuit à la majeilueufe 
tiP.nquilliré de leurs cours. 

31." L'Aiïemblée nationale, à entendre 
un (exe aimable & fufceprible , tourne nos 
Une loi fçmblai>le à celle publiée en An- 



4« 

têtes : » Nous ne fommcs plus , dit il , que des 
» penfcurs infîpides; nous n avons plus cette 
n amabilité , ces faillies piquantes , ces grâces 
u fieres 6c variées, cet att charmant , qui 
»' plaît & engage. »» Il parofc avoir rai(on» 
Nous pefoijs , en efFet , peiit-être un peu trop 
fur les intérêts nationaux, avec le malheur de 
donner à gauche dans la manière de les pré- 
fenter, puifque nous voyons, fans nous en 
plaindre, notre Patrie hérilTée de bayon- 
nettes , répandues ^à & là par le Gouverne- 
ment, fous le prétexte fpécieux de conferver 
lïotre tranquillité & notre fureté. Nous ne Faî- 
fons pas attention que cette armée, allure de 
violence & de terreur, laifîc le Tiers -Etat 
en tuxeîe, & que tant qu*on nous conduira 
avec des chaînes , nous ne faurons point mar- 
cher. Pour complaire aux Dames , qui aiment 
les braves gens, nous demandons que tous les 
régimcns foient relégués, jufqu'a nouvel ordre, 
fur les frontières, leurs véritables places, à 
peine de oous voir forcés à rappeller , dans nos 
foyers les Soldats , nos enfans , nos frères ^ 
nos neveux, nos amis , nos concitoyens. Dans 
nos foyers, ils recevroient un fort, un état 
conformes à l'humanité , & à la juftice qui 
nous anime , & qu'ils ont le droit d'attendre 
de notre part ; puifqu à lexpiration de leurs 
congés, ils redeviennent citoyens, comme nous. 
On ne doit pas armer ( fous quelque prétexte 
que ce puifîe être, & fur- tout dans un mo- 
ment où la Nation eft afïemblée ) une jeunefTe 
courageufeCc difcipîinée , contre fes propres 



familles, & lui faire exécuter àes profcrîptîon» 
qu'une NoblefTe, trop fouvent paffive, & fou- 
doyée par le Tiers - Etat, oferoit peut-être 
ordonner de fang-froid. Et de quoi nous plain- 
drions-nous , s'il y avoir des défordres ? Nous 
nous ferons expofés aies efTuyer. Mais qu^on ne 
craigne rien : la Nation lait qu'il faut ddi i 
mœurs & des losx , par conféquent une forcé j 
Salutaire, qui protège les unes par Texecution 
des autres ; la Nation fera fort tranquille , 
fort raifonnable, fi le haut Clergé St laNobtelTe 
de la Cour ne la troublent pas.. 

32°. Ne point agréer des propofitions infî- 
dieufement faites de bouche; ne jamais permer- , 
tre des oraifons preftigieufes ,- qui féduifent, & ■ 
déçoivent les elprits ; exiger aux Etats-Géné- 
raux, que touteslesdifcufîions, les moins impor- 
tantes , foient faites & dépofées dans des Mé- 
moires , afin qu'on puifTe en élaguer les para- 
doxes, Se les réduire "a des vérités, utiles & 
'fîmples. .1 

330. Etats provinciaux , qui veilleront à l'e- 
xécution àes bonnes loix, à l'adminidration des 
Frovinees, à la fuppreflion des abus, & à k 
préparation du travail , qui devra être préfenté 
aux Etats-Généraux les plus prochains. 

34 Chaque Province fera chargée de perce- 
voir tes fubiides , Sc des frais qu'entraînera cette 
perception , pour dilîiper la nuée des Publicains i 
qui n'offrent , dans la Métropole , que le fcan- | 
dalc de leurs fortunes, de leur luxe & de leurs 
vices. Les Provinces devront avoir le droit de , 
«'impofer clles-mêraesj droit qu'elles ont eû^ \ 



43 
& que le defpotirme minift^riel leur a otésy fans^ 
Àiotif ni avantage pour la Couronne. 

Jefais qu'on fera mille difficultés; on éludera 
la fainte L'oi qui réglera rérendue de l'autorité, 
uniquement parce que PAriflocratie abufe rou- ' 

jours à rinfçu du Monarque, des pouvoirs, qu'oa '^, 

lui a confiés. Ce qui paroît devoir convenir le ^ S! 

mieux, c'eft qu'on fuivl à la Cour, l'exemple jî 

de Charkmagnc , moins jaloux de fe montrer 
le Légiilateur que le Prote61:eur d'une Nation 
généreufe & fidelle^ ou bien la politique fera .!> 

obligée de s'élever contre nos înftrudions. 

Mais> dans ce tourbillon, qu'un feul difcou- 
reur élevé la voix i qu'il ofe dire : « Dès que la 
» Nation , antérieure au Monarque , uniquement 
»' fait pour elle, eft aflemblée, &: qu'elle traite 
j> elle-même Ç^s intérêts , elle cefTe d'avoir un 
" repréfentant : celui-ci lui cède l'autorité légif- 
» lative , autorité qu*il n'a & ne peut avoir que 
" provifoirement, c'eft-à-dir« , d'une tenue d'E- 
» tats à l'autre. Alors, comme exécuteur des loix 
" chargé de tenir les rênes du Gouvernement , 
>» en rabfence d?s Français afTemblés, il fiége 
Tf> là pour écouter les expreffions de la volonté 
j> générale, 8c les communiquer enfuiteauxCom- 
» pagnies de Magiflrats, dont il efl le Chef 
x> fuprême , & dont l'organifation fera dévoilée 
u à l'œil pénétrant des Etats, pour être corrigée, 
"» s'ils le jugent à propos. Le Souverain, comme 
;« Procureur-général de la Nation , eft un per- 
W fonnage infiniment augufle & refpedable : 
â» il n'eft pas vrai qu'il doive recevoir les do-^ 



44 
» léances de chaque dëputatîon : nottsncdevofls 
» qu'inilruire nos repréfentans ; & ceux-ci ne 
» peuvent dépofer au pied du Trône que nos 
« injîruâions. Il feroit affreux d'exiger , dans 
n rAiTemblée nationale , de la part éts fimples 
»» Citoyens , une altitude hurailiante ^ en pré- 
3» fence du Trône 8c de Tappareil majeftueux 
»» qui raccompagne; puifque , quand les dé* 
M légués du Peuple votent pour une loi , fous les 
»> yeux do Prince , ils font à fon niveau , & 
»» fans doute plus puifTans , en ce qu'ils font , 
» comme lui, des perfonnes colleâives. On ne 
»♦ difpute point au Monarque le droit de pro- 
*' noncer la loi, & de la fufpendre , par la voie 
^ des repréfentations ; mais fi les Etats- Géoé- 
" raux perféverent , il faut que la loi foit pro- 
'* mulguée. Telle fut la conduite de cet éton- 
» nant Charlemagne , qui mérite bien d'être 
» pris pour modèle. 

Le Français, dans fon Prince , aime a trourcr un Frcrc, 
Qui , né. pils de l'Etat ^ en devienne le Pcre. 

Les PuîiTans froncent le foui-cil. Non : mes 
dernières penfées n offenfent ni les droits ni la 
Majefté de la Couronne. Elles ne font ni le fignal 
de la révolte, ni la marque de ladéraifon. Croyer, 
Meflieurs 1 que j'aime la gloire du Roi , & celle 
de mon Pays, que je defire la diminution de nos 
maux, le retour de tous les cœurs à la liberté 
& à fefpérance , & la nullité de cette réflexion 
affligeante atuibuée au jeune Pin : Que plus 



4S 

on affbihlira V énergie du patrïotifmt en France ^ 
moins nous deviendrons redoutables. 

J'ai l'honneur d'être , Sec, 

N. B. Blâmcra-t-on la conduite des Parîe- 
mens ? On en diftinguera deux , la politique & la 
judiciaire. Ils fe juflifieront fur la première, 
même , avec éclat , en dépofant fur le tapis 
de rAflemblée , leurs remontrances, leurs let- 
tres de juffîon , les Procès-verbaux des lits de 
Juftice ; & ils pourront prouver , pour mon- 
trer leur intégrité , dans la féconde , que les 
mauvaifes loix , qui font l'ouvrage des Minif- 
tres^ ont caufé le plus grand nombre de leuri 
mauvais jugemens. 



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